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16/01/2019 Engagement des salariés

Mécénat de compétences & management : rôle des managers, reconnaissance & sentiment d’utilité…

benoit-meyronin42Benoît Meyronin, professeur à l’EM Grenoble et Directeur général de Care Expérience présente, arguments à l’appui, tout l’intérêt d’une démarche de mécénat de compétences dans les entreprises pour répondre à la quête de sens et réinventer les relations de travail.

Quand le mécénat de compétences aide à réinventer le rôle des managers…

Développer le mécénat de compétences implique souvent de convaincre le management de ses bénéfices pour la société dans son ensemble autant que vous l’entreprise et… le manager lui-même. En effet, voir s’épanouir ses collaborateurs dans un cadre nouveau qui valorise d’autres formes d’engagement, alors que l’on a soi-même grandi dans une organisation centrée sur des objectifs moins sociétaux, sans réelle oxygénation vers l’extérieur, peut déstabiliser la ligne managériale…
Bien plus, en tant que manager je dois pouvoir lâcher prise, accepter une perte de contrôle qui n’est pas simplement le fait du mécénat de compétences mais d’un environnement plus global de responsabilisation et d’autonomisation – dont cette forme de mécénat n’est qu’une modalité finalement.
In fine, le mécénat de compétences peut venir opportunément questionner le rôle des managers, et il doit donc pouvoir s’inscrire dans une transformation plus globale de leur valeur ajoutée.

Le mécénat de compétences comme acte de management : une forme innovante de reconnaissance

Bien accompagné par le management, le mécénat de compétences peut être un puissant levier de reconnaissance – quand, mal accompagné, il peut être un sujet de crispation voire de tension, et finalement de frustration pour un collaborateur en attente de formes de valorisation sans cesse renouvelées – notamment les millenials.
Il s’agit bien de lui conférer une vraie puissance en tant qu’acte managérial de valorisation : « J’aimerais te proposer de t’investir dans une cause qui te motive et motive notre entreprise, cela te permettrait d’exprimer un talent que tu mobilises trop peu aujourd’hui en interne et je serais heureux que tu fasses partie des candidats (tu auras donc tout mon appui) ».
Le philosophe et sociologue allemand Axel Honneth parle ainsi, à propos de la reconnaissance, d’un invariant anthropologique : il est bien question ici d’une « philosophie de la reconnaissance », rien de moins. Et, de ce point de vue, l’entreprise participe donc de l’un des trois grands modèles de la reconnaissance – à savoir l’estime sociale.
En ce sens, le mécénat de compétences, en favorisant l’expression et possiblement une double reconnaissance (tant par l’organisation accueillante que par l’entreprise émettrice) de compétences nouvelles ou nouvellement exprimées (car préexistantes), peut apporter une forme puissante de réponse à l’expression de ce besoin si manifeste.

Mécénat de compétences et éthique du care* : Je suis utile, donc je suis

Le mécénat de compétences s’apparente à une modalité du travail de care, c’est-à-dire d’un travail en lien avec une forme de sollicitude, de soin ou encore d’attention à l’autre. En ce sens, il répond bien à deux au moins des quatre grands besoins que nous ressentons au sens de cette éthique : celui de la confiance (que l’on place en soi mais aussi dans celles et ceux qui nous aident, nous épaulent voire nous accompagnent lorsque nous sommes fragilisés), celui de l’écoute, celui que je nomme, à la suite de la philosophe Fabienne Brugère (qui parle de « puissance d’agir »**), le « pouvoir d’agir », et, enfin, le sujet central de la reconnaissance. Les deux derniers nous renvoient vers le mécénat de compétences.
Agir, c’est (re)trouver un sentiment d’utilité, pouvoir contribuer et répondre ainsi à une quête de sens, ce besoin si concret de savoir « à quoi / qui je suis utile », qui traverse notre économie, dominée par les activités tertiaires. L’expression de la valeur produite n’y est plus un bien tangible – qu’il s’agisse du produit manufacturé d’un industriel ou de l’objet façonné par un artisan. Cette dématérialisation de la création de valeur, que le sourire d’un client dans un point de vente ou les remerciements appuyés d’une personne accompagnée au téléphone peuvent néanmoins incarner (dans l’éphémère instant d’une relation de service), a intensifié ce besoin - se sentir utile, acteur, contributeur (au sens de « l’économie de la contribution » chère à Bernard Stiegler***).
Dans ce contexte, il n’est pas anodin d’observer que l’un des enseignements les plus éclatants de l’étude est que 64% des répondants mettent en avant le bénéfice suivant : « Je me suis senti(e) utile lors de mes missions ». CQFD !

*Sur cette forme d’éthique et son application au champ du management, cf. mon blog : www.managementparlecare.com

**Fabienne Brugère, L’éthique du care, PUF, 2011.

***Il parle aussi « d’économie contributive » : cf. à l’adresse http://arsindustrialis.org/economie-de-la-contribution. Il n’est pas anodin de noter que le même auteur a également théorisé ce qu’il appelle « l’économie de l’incurie », une économie qui a érigé le non-prendre soin en quasi-paradigme…

Alliance pour le mécénat de compétences : lancement du 16 janvier 2019

Résultats du Baromètre du Mécénat de compétences >

[Vidéo] Analyse des résultats du Baromètre par J.Fourquet de l'IFOP (6:20) >

Manifeste du Mécénat de compétences >

Les Echos : "Mécénat de compétences : 17 dirigeants s'engagent" (16/01/2019) >

Les Echos : "Mécénat de compétences : les entreprises accélèrent" (20/01/2019) >

[Vidéo] Best of du 16 janvier (5:07) >

[Vidéo] Intégrale du 16 janvier (1:41:29) >

Points de vue

[Vidéo] P.Jeantet, président directeur général SNCF Réseau et président de la Fondation SNCF (4:00) >

M.Eshet, déléguée générale de la Fondation SNCF >

A.Mergier, sociologue et directeur du cabinet d'étude Wei >

J.Pralong, professeur de GRH à l’EM Normandie >

B.Meyronin, professeur à l’EM Grenoble et directeur général de Care Expérience >

[Vidéo] B.Raigneau, directeur des ressources humaines du groupe SNCF (2:02) >

[Vidéo] S.Volant, secrétaire général de SNCF (4:23) >

[Vidéo] M.Eshet, déléguée générale de la Fondation SNCF (3:42) >

[Vidéo] O.Girard, président d'Accenture France et Benelux (2:31) >

[Vidéo] D.Laurent, directeur des ressources humaines de Schneider Electric (3:56) >