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Jean-Louis Sanchez

Fondateur et Délégué Général de l’Observatoire national de l'action sociale (ODAS)

Le 19e siècle est souvent considéré comme le siècle des libertés, le 20e comme celui de l’égalité, le 21e pourrait être le siècle de la fraternité.

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Fondation SNCF : Votre premier grand appel à la fraternité remonte à 1999. Qu’est devenue cette valeur 20 ans après ?

J.L. Sanchez : Nous avons saisi le passage symbolique à un nouveau siècle pour dire l’urgence de contribuer au vivre ensemble. Le 19e siècle est souvent considéré comme le siècle des libertés, le 20e comme celui de l’égalité, le 21e pourrait être le siècle de la fraternité. Or, 20 ans après cette immense espérance, nous sommes très inquiets. Les relations se sont beaucoup dégradées entre personnes, entre communautés, entre cultures, entre pays. Mais nous ne baissons pas les bras, l’espérance demeure. Il nous faut construire des liens sociaux, des repères communs, c’est la sauvegarde de notre avenir.

FS : La Fondation SNCF veille à l’ancrage territorial des actions qu’elle soutient. Vous êtes, vous aussi, convaincu que tout se joue au niveau local. Pourquoi ?

JLS : Nous devons prendre conscience que nous sommes interdépendants. Il nous faut une fraternité universelle, européenne mais aussi une fraternité dans la ville et même dans la cage d’escalier. Cette dernière ne peut se concrétiser que par l’action concertée de tous les acteurs locaux. Au premier rang desquels les maires. Produire des liens sociaux est leur principale responsabilité, ils sont les mieux placés pour construire le vivre ensemble. C’est pourquoi l’ODAS s’attache en priorité à mobiliser les maires et les collectivités locales en général, pour qu’ils aident les acteurs associatifs, les acteurs économiques et les habitants à prendre des initiatives, comme Lire et Faire lire, Fête des Voisins, Outil en Main, Jardins de Cocagne etc.

FS : Vous avez soutenu la Journée Citoyenne. Quelles sont les vertus de cette mobilisation ? 

JLS : La Journée Citoyenne mobilise tous les habitants, toutes les catégories, dans la mise en œuvre de chantiers qu'ils ont eux-mêmes définis. Le but étant de créer une dynamique intergénérationnelle, interculturelle, inter-religions, inter-quartiers, interprofessions. Autre vertu de cette Journée : ses résultats sont durables. En faisant ensemble, on apprend à vivre ensemble et cela aboutit à des constructions collectives. A Berrwiller par exemple, où tout a commencé, la Journée Citoyenne a changé la vie des gens. Les deux boulangers pourtant concurrents se sont engagés dans une démarche d’insertion commune, les habitants ont organisé du covoiturage, des gardes d’enfants alternées… La fraternité se concrétise. Il faut maintenant qu’elle se généralise.

FS : Comment impliquer les 33 000 communes de l’hexagone ? Quelle est la recette ?

JLS : En 2016, 700 villes ont pris l’initiative de faire cette Journée Citoyenne et partout les résultats ont dépassé les espérances. Les maires ont été “bluffés” par la mobilisation. Des villes plus grandes, comme Blois et Angers, ont adopté l’initiative. Dans 2 ou 3 ans, elle aura gagné 5 000 villes. Parallèlement, il faut promouvoir les initiatives réussies, généraliser les bonnes pratiques comme le service civique, et innover, être de plus en plus audacieux. Par exemple, faire de la Fête de la Musique qui perd de sa force, une Fête de la Musique et de la Fraternité ; fixer une seule et même date pour la Journée Citoyenne partout en France pour créer un grand élan. Pouvoir compter sur le relais de mécènes engagés pour le vivre ensemble comme la Fondation SNCF, qui soutient l’essaimage de la Journée Citoyenne à l’échelle nationale, est aussi un facteur clé de succès.

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