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Laurent Bayle

Directeur de la Philarmonie de Paris et du projet Démos

La culture, la musique en particulier, est un vecteur efficace de cohésion sociale et d’intégration.

Le projet Démos propose un apprentissage de la musique en orchestre à des enfants de 7 à 14 ans ne disposant pas des ressources économiques, sociales ou culturelles pour la découvrir ou la pratiquer dans les institutions existantes. De 2010 à 2012, Démos a concerné 450 enfants et se concentrait sur l’Ile-de-France. De 2012 à 2015, l’expérimentation s’est étendue à 800 enfants issus de 3 territoires : Île-de-France, Isère et Aisne.

Vous vous êtes engagé personnellement dans la création de ce projet Démos*, pourquoi ?

L’une de nos ambitions est de ne pas être un simple diffuseur de concerts mais de chercher à relier les enjeux internationaux et locaux. Le dialogue entre les cultures et les pratiques nous a toujours servi de modèle. Ainsi, la Cité de la musique avait, dès ses débuts, développé une pédagogie orale et collective très adaptée aux répertoires extra-européens. Puis, nous avons eu l’idée d’appliquer les principes de cette pédagogie au répertoire classique occidental dans le cadre d’expérimentations modestes mais évaluées précisément. Pour ancrer ce type de projet durablement dans plusieurs quartiers de la métropole parisienne, nous avons initié des collaborations étroites avec des acteurs du champ social. Ces premières expérimentations se sont révélées très concluantes, aux niveaux de l’apprentissage musical et de l’investissement des enfants. Quand l’opportunité s’est présentée à nous, vers 2010, de proposer un projet éducatif innovant de grande ampleur, Démos s’est donc imposé naturellement.
 
 
Quelle est la plus belle réussite de ce projet ?
 
Démos est un projet très riche dont les effets bénéfiques sont nombreux. Je peux citer deux exemples parmi d’autres qui nous confortent dans notre démarche. A l’issue de la première phase du projet, après trois ans de pratique au sein de Démos, 50% des enfants ont choisi de poursuivre leur apprentissage musical au sein de conservatoires. Par ailleurs, alors que le patrimoine classique est souvent considéré comme un objet non accessible aux classes populaires, Démos démontre que, grâce à l’expérience sensible, il est aussi facile de se l’approprier que les musiques plus largement diffusées sur les ondes. Notre démarche est la preuve que le patrimoine classique peut provoquer des émotions chez tout public, quel que soit son âge et son origine sociale, ce qui légitime la place centrale qu’occupe ce projet dans notre vaste mission de renouvellement et d’élargissement des publics.
 
 
Que vous apportent vos partenaires publics et privés, comme la Fondation SNCF ?
 
Un projet comme Démos ne peut qu’être porté par un collectif de partenaires, engagés chacun à sa manière dans la société. Cette alliance de partenaires publics et privés est une des grandes richesses du projet. L’accroissement du soutien financier est certes essentiel au déploiement du projet sur tous les territoires, au niveau national, avec la même exigence de qualité et d’impact. Mais le partenariat revêt un sens encore plus profond : chaque partenaire participe également à des échanges constructifs et contribue à affiner les contours de Démos pour l’ajuster aux enjeux culturels, sociaux et territoriaux.