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Thierry Lepaon

Administrateur de la Fondation SNCF

La nature d’un peuple se mesure à la capacité de ses citoyens à comprendre et à agir

Thierry Lepaon est un jeune décrocheur. Il n’aime ni lire ni écrire, sans raison apparente et, au grand désespoir de ses parents, il sort du cursus scolaire direction l’apprentissage en métallerie. C’est là que son professeur de dessin industriel découvre son secret : Thierry ne sait pas écrire en lettres attachées, et il le libère en lui donnant le droit d’écrire en lettres bâtons. Brevet de soudeur en poche, Thierry commence à travailler à 17 ans comme… terrassier, il creuse des trous sur le bord des routes. Il devient adhérent à la CGT et champion de France d’haltérophilie !

A 23 ans, il entre chez Moulinex, y crée une section CGT et y fait, en 20 ans, tout le parcours de représentation syndicale et sociale jusqu’au Conseil d’administration du Groupe. Le dépôt de bilan du fabricant d’électroménager en 2001 est l’occasion d’une lutte syndicale d’envergure et d’un bilan personnel décisif. Thierry a deux passions : le syndicalisme ouvrier et la lutte contre l’illettrisme. Il s’engage dans le syndicalisme professionnel et sera élu Secrétaire général de la CGT en 2013. Il est aujourd’hui Délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale et Président de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI).

 

Pourquoi la Fondation SNCF ?

“Ma vision a évolué. J’ai longtemps pensé que les entreprises se donnaient bonne conscience et puis j’ai rencontré des Fondations qui m’ont expliqué le pourquoi de leur démarche et convaincu de leur volonté de faire.” Il se reconnaît dans l’ambition collective qui mobilise la Fondation SNCF, “l’objectif est de déboucher sur du concret” et s’est plongé dans le sujet Éducation par la porte du numérique. Rendre le voyageur autonome en levant les freins qui le privent de sa liberté de se déplacer, c’est la lutte de Thierry Lepaon en tant qu’administrateur de la Fondation SNCF. “Lire et écrire, c’est indispensable pour prendre le train. Et la liberté de bouger ouvre la porte aux autres libertés, de se construire, de s’ouvrir et de bien vivre avec les autres.”

 

L’expertise qu’il apporte ?

En 2004, le CESE de Basse-Normandie lui confie la lutte contre l’illettrisme en Normandie, une mission de six mois qui lui prendra deux ans et le fera plonger dans ce beau sujet. “C’était une première en France, s’attaquer à l’illettrisme par la porte d’entrée du territoire.” Au-delà, Thierry connait les enjeux de la formation professionnelle, il a conduit la délégation CGT dans les négociations sur sa réforme. A la Fondation SNCF, Thierry Lepaon retrouve une cause qui lui est chère : l’Éducation. “La nature d’un peuple se mesure à la capacité de ses citoyens à comprendre et à agir. Or, notre société est complexe, et il faut pouvoir comprendre le monde pour le transformer.”

 

Comment mieux vivre ensemble ?

Pour lui, le vivre ensemble est une question essentielle, la société n’a jamais été aussi divisée. “On met toujours en avant ce qui nous oppose, il est urgent de mettre en avant ce qui nous rassemble. Ce que j’appelle le tronc commun : l’air, l’eau et puis la vision du monde, les solidarités.” Il faut donner du temps aux autres, à ceux qui s’engagent : “Je refuse l’idée que le monde devient individualiste.”